Cristiano Ronaldo, la tentation madrilène

Publié le par tiph

FOOTBALL. Le Portugais, gamin, a quitté son île de Madère pour le continent. A 22 ans, il s'est adjugé l'Europe du football et se mesurera ce soir à Lille avec son club de Manchester United en Ligue des champions.
 
Ronaldo doit son prénom à Ronald Reagan. L'ancien président des Etats-Unis était l'idole de ses parents, Monsieur et Madame Aveiro. «Reagan, c'était leur héros, pas le mien.» Cristiano Ronaldo Dos Santos Aveiro choisira d'en être un lui-même. A 11 ans, en 1996, le gamin de l'archipel de Madère, au large de l'Afrique, accoste sur le continent. Direction Lisbonne, et le Sporting. «Je suis arrivé seul, se souvient-il. Voir un gars débarquer de là-bas, ça n'avait rien de normal pour les autres.» Le Portugais restera plusieurs années isolé dans la capitale. Pas toujours facile... A cause de son accent déjà: «C'est comme si je parlais une langue étrangère! A l'époque, tout le monde se fichait de moi.» De la pression aussi: «Parfois, la peur m'a accompagné, mais jamais elle n'a pris le pas sur mes certitudes. J'avais un rêve à accomplir». Cristiano Ronaldo passera sept saisons sous le maillot des Leões (Lions) du Sporting Lisbonne.

A l'été 2003, il débarque sur les terres de Sa Majesté pour 22,2 millions d'euros. Le gamin de 18 ans paraphe un contrat de cinq ans avec le club champion d'Angleterre, Manchester United, l'un des plus huppés au monde.

Outre-Manche, «Kluivert», comme il aimait à se faire appeler petit, émerge. A peine débarqué, il décroche une place de titulaire. Mieux, il reçoit le numéro 7. «A mon arrivée, j'ai demandé si le numéro 28, que j'avais au Sporting, était disponible. Alex Ferguson m'a dit: «Non, non, toi c'est le 7.» «Ok, boss. Le 7, c'est un chiffre comme un autre.» Ronaldo n'avait jamais mis les pieds en Angleterre, et ne savait pas ce qui se cachait derrière le numéro fétiche. «Dès le deuxième match, on est venu me voir et on m'a dit: «Eh, tu sais, le numéro que tu portes? Tu sais qui l'a porté avant toi?» Georges Best, Bryan Robson, Eric Cantona, David Beckham... Il rétorque: «L'histoire jugera si j'en suis digne.» Et continue de l'écrire.

Parfois, des ratures. Faussement accusé de viol en 2005, Ronaldo doit également se défendre chaque week-end des allégations de fraude et de simulation que son style chaloupé déclenche inévitablement. Provocateur, le Portugais a la très désagréable tendance à ne plus maîtriser ses passements de jambes une fois la ligne de réparation franchie. Roublardise de cour d'école, sans plus.

Considéré dans son club, le natif de Madère n'est pourtant pas porté aux nues par le public. D'abord parce qu'il évolue en Angleterre, royaume des rumeurs débridées. Ensuite, parce que Ronaldo est plutôt chambreur. L'an passé, lors du Mondial, le Portugais pressait l'arbitre d'expulser Wayne Rooney, son coéquipier de Manchester, dans le quart de finale qui opposait l'Angleterre au Portugal. L'image a saturé les ondes britanniques, et taché les tabloïds. Il doit s'en excuser aujourd'hui encore. «Entre nous, tout est clair. Je me suis plaint auprès de l'arbitre parce qu'il y avait une faute, mais je n'ai pas demandé de carton rouge.» Honni dès son retour au pays, «sauf à Old Trafford, nous avons un trop grand respect pour lui», expliquait un fan à Noël, le mancunien songera à l'exil. Portugais, facile de se fabriquer quelques fantasmes en Liga espagnole. Beaucoup s'y sont essayés avec succès (Baia, Couto, Futre, Figo, Pauleta...), Ronaldo y aspire depuis un moment. L'été passé, en fait:
«J'ai dit à mon agent qu'il était temps pour moi de partir. Oui, je rêve de jouer au Real Madrid.»

Mais l'entraîneur de Manchester United, Alex Ferguson, ne l'entend pas de cette oreille. «Je ne comprends pas bien comment le cuisant soleil espagnol pourrait rendre l'herbe plus verte que le délicieux crachin mancunien», philosophe-t-il. L'Anglais ne supporte pas que l'on évoque le départ plausible de son joyau. Alors, en chœur avec le reste de l'équipe, il passe des couches de pommade à son protégé. «Cristiano Ronaldo est sans aucun doute le meilleur joueur du monde», affirme ainsi Paul Scholes, un des joueurs de Manchester.

Le Portugais, pudique en la circonstance, laisse donc parler pour lui. Plus au sud, la presse espagnole pronostique quotidiennement l'arrivée imminente du prodige ibérique. As, quotidien sportif espagnol, mardi 27 février: «Cristiano Ronaldo a déjà dit oui au Real Madrid.» Il y est annoncé que Ronaldo devrait quitter l'Angleterre dès l'été prochain, et ce uniquement pour rejoindre le Real Madrid. Lui qui touche 3,9 millions d'euros par an, soit 2,8 de moins que le salaire annuel d'autochtones tels que Rio Ferdinand ou Wayne Rooney. As, mercredi 28 février: «Manchester le sait: Ronaldo s'en va!» Invoquant cette fois la frustration d'un jeune homme plutôt belle gueule à se morfondre dans les rues humides du nord-ouest de l'Angleterre. Du Beckham junior, quoi. Reste que ce soir, le second meilleur buteur du championnat anglais, devant des canonniers tels Thierry Henry ou Wayne Rooney, évoluera bel et bien sous les couleurs mancuniennes. Déjà vainqueur de la «Cup» et de la Coupe de la Ligue outre-Manche, Ronaldo brigue cette saison le titre de «Premier League», celui de la «Cup» et, pourquoi pas, un premier sacre en Ligue des champions. Question: vos ambitions? Réponse: «Je veux laisser une empreinte de mon passage dans ce métier.» Question: Où ça?
 

Publié dans www.cristiano.ronaldo

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